Ce qu'on entend par sédentarité au travail
La sédentarité se distingue du manque d'activité physique et sportive. Elle désigne, au sens épidémiologique, tout état d'éveil passé en position assise ou allongée avec une dépense énergétique proche de zéro. Elle décrit un comportement, et non un niveau d'activité physique.
La distinction est importante parce qu'elle change complètement le diagnostic. Un salarié peut pratiquer la course à pied trois matins par semaine et rester sédentaire le reste du temps. Les bénéfices de l'exercice ne compensent pas intégralement les effets d'une journée entière en position assise. Ce sont deux dimensions indépendantes de la santé physique.
Les salariés du tertiaire passent les trois quarts de leur journée en position assise, sans interruption significative. C'est la réalité mesurée par Santé publique France pour les métiers du tertiaire.
Pour un employé de bureau, cela représente six à sept heures de position assise chaque jour. Les épidémiologistes situent à sept heures par jour le seuil au-delà duquel le risque devient mesurable; près d'un cadre sur deux le franchit, selon Santé publique France.
Les données actuelles : où en est-on ?
Le Baromètre 2024 de Santé publique France, publié en décembre 2025, dresse un portrait précis de la sédentarité en France. Les chiffres concernent directement les entreprises du secteur tertiaire.
Cela représente plus d'un adulte sur quatre. Ce chiffre est en hausse par rapport à l'édition 2021 du Baromètre.
Plus de quatre sur dix dépassent les sept heures assis par jour, selon le Baromètre de Santé publique France 2024. C'est le profil type des équipes que les DRH du secteur tertiaire ont la charge d'accompagner.
Le télétravail aggrave le phénomène, au point que la sédentarité en télétravail est devenue un sujet à part entière. Les données du Baromètre montrent que les journées à domicile éliminent les rares moments de mouvement naturel qu'une journée au bureau génère : le trajet, les déplacements entre les salles de réunion, les échanges debout à la machine à café. À domicile, ces micro-mouvements disparaissent.
Ce qui ressort aussi de ces données, c'est le paradoxe bien documenté entre la conscience du problème et l'absence de changement comportemental. Les salariés connaissent le problème, mais le savoir ne suffit pas. Le changement se produit quand l'environnement de travail rend le mouvement accessible et collectif, davantage que par la seule prise de conscience individuelle.
Ce que la sédentarité fait au corps
Les effets physiologiques de l'immobilité prolongée sont documentés depuis les années 1990. Il s'agit de mécanismes mesurés en laboratoire et confirmés par des dizaines d'études épidémiologiques.
Rester assis longtemps ralentit le métabolisme
Rester assis longtemps sans bouger met au repos les grands muscles des jambes, qui consomment alors très peu d'énergie. Le métabolisme tourne au ralenti. La glycémie après le repas reste élevée plus longtemps. Sur la durée, c'est ce mécanisme répété chaque jour qui crée les conditions favorables au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires.
Une étude publiée en 2017 dans Annals of Internal Medicine, qui a suivi 7 985 adultes équipés d'un capteur d'activité, associe les périodes assises de moins de 30 minutes au risque de mortalité le plus faible. C'est la base de la règle des 30 minutes.
Les troubles musculo-squelettiques : première cause de maladie professionnelle
La posture assise prolongée crée des tensions chroniques sur trois zones : la nuque et les trapèzes, les poignets, le bas du dos. Les muscles posturaux se relâchent. Les disques intervertébraux sont comprimés de façon asymétrique. Sur des années, ces contraintes répétées peuvent contribuer aux troubles musculo-squelettiques, appelés TMS dans la littérature médicale et dans les rapports de l'Assurance Maladie.
Source : Assurance Maladie, Risques professionnels, chiffres 2024. Ils viennent surtout des gestes répétitifs et de la manutention, et la position assise prolongée fait partie de leurs facteurs.
L'impact cognitif, souvent sous-estimé
Les recherches en neurosciences de l'activité physique établissent un lien entre sédentarité et performance cognitive. Les salariés sédentaires affichent une agilité mentale réduite de 15 % par rapport aux salariés qui bougent régulièrement (Journal of Clinical Medicine, 2023). La pensée créative, en revanche, progresse de 60 % lors d'une marche par rapport à une position assise (étude Stanford, Oppezzo et Schwartz, 2014).
Ce que la sédentarité coûte aux entreprises
La sédentarité est un problème de santé, et c'est aussi un problème de performance économique. Les deux dimensions sont indissociables et s'alimentent mutuellement.
Estimation Goodwill Management / MEDEF / CNOSF (2015), intégrant les pertes de productivité, l'absentéisme et le présentéisme.
Ce chiffre agrège trois postes distincts. L'absentéisme d'abord : les salariés sédentaires génèrent en moyenne cinq à sept jours d'absence supplémentaires par an par rapport aux salariés qui pratiquent une activité physique régulière. La productivité ensuite : les études mesurent un écart de 14 % entre les deux populations. Le présentéisme enfin, souvent invisible dans les tableaux de bord, désigne les journées travaillées en sous-régime, sans énergie ni concentration.
Source : Goodwill Management / MEDEF / CNOSF, 2015. Cet écart est associé aux habitudes de mouvement au cours de la journée de travail.
Le turnover et le désengagement ajoutent un poste de coûts supplémentaire. Une organisation qui ne propose rien sur la qualité de vie physique au travail est perçue par les candidats comme moins attractive. Dans un marché du travail tendu pour les profils qualifiés, c'est un désavantage concurrentiel que les employeurs commencent à prendre en compte.
L'enjeu consiste alors à trouver le format le plus simple pour remettre du mouvement dans la journée.
C'est facile d'aller mieux.
Le cadre légal : DUERP, PAPRIPACT
Le sujet de la sédentarité au travail n'est plus seulement une question de bien-être volontaire. Il peut s'inscrire dans le cadre légal de l'évaluation des risques professionnels, renforcé par la loi du 2 août 2021.
Le DUERP : une obligation de documenter
Le document unique d'évaluation des risques professionnels est obligatoire dans toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. La loi du 2 août 2021 a renforcé ce document sans nommer la sédentarité, qui peut toutefois y figurer comme risque évalué pour les métiers de bureau. Documenter ce risque, c'est d'abord l'évaluer : recenser les postes exposés, mesurer les niveaux d'exposition, qualifier le niveau de risque, et planifier des actions correctives.
Le PAPRIPACT : un programme d'action pour les entreprises d'au moins 50 salariés
Pour les entreprises d'au moins 50 salariés, le DUERP doit être accompagné d'un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail, le PAPRIPACT. Ce document formalise les actions prévues pour réduire les risques identifiés, dont la sédentarité. Il est présenté au comité social et économique et mis à jour chaque année.
Les solutions au quotidien
L'effet d'une journée sédentaire est en partie réversible. Le mouvement fractionné, c'est-à-dire des moments courts de mobilité répartis sur la journée, produit des effets physiologiques mesurables même sans pratique d'une activité physique et sportive. Et il n'a besoin ni de budget, ni de matériel, ni d'organisation complexe pour fonctionner. lutter contre la sédentarité au travail.
La règle des 30 minutes
Se lever toutes les demi-heures, même trente secondes, suffit à interrompre une période assise. Ce geste simple, répété régulièrement, réduit l'exposition cumulée à la position assise prolongée. Une alarme sur le téléphone, un appel téléphonique debout, une transition entre deux tâches : les occasions sont nombreuses et n'exigent aucun investissement.
Les réunions en marchant
Réunions à deux, points informels, appels en bilatéral : beaucoup de ces échanges n'ont aucune raison d'avoir lieu assis. La marche augmente la pensée créative de 60 % (Stanford), facilite la prise de décision et change la dynamique relationnelle entre les participants. C'est aussi un signal culturel fort : l'organisation qui marche en réunion envoie un message sur ce qu'elle valorise.
La pause déjeuner active
Une marche de vingt minutes après le repas régule la glycémie post-prandiale, améliore la concentration en début d'après-midi et crée un moment de lien social informel entre collègues. C'est le levier de cohésion le plus sous-estimé dans les organisations. Il ne demande aucun budget, reste accessible à tous et ne nécessite aucune animation particulière pour démarrer.
Les sorties collectives
Le mouvement devient durable quand il est collectif. Une sortie d'équipe, même simple, comme une marche hebdomadaire ou une activité entre services, crée une dynamique qui dépasse la motivation individuelle. Il décloisonne les services, crée de la conversation entre des personnes qui ne se parlent pas habituellement, et génère un sentiment d'appartenance que les séminaires de cohésion ne produisent pas toujours.
Vous avez compris le problème et vous voulez passer à l'action ? Un programme structuré sur quatre semaines permet d'avancer concrètement, avec des modèles d'email, d'enquête interne et de note de direction prêts à copier-coller.
Comment mesurer et suivre les actions
Une action sur la sédentarité qui n'est pas mesurée reste invisible. Or une action invisible est souvent la première supprimée lors d'un arbitrage budgétaire.
Les indicateurs de suivi se structurent en trois familles. Les indicateurs d'engagement mesurent la participation : taux d'adoption de l'application ou du programme, nombre de sorties proposées, fréquence d'utilisation. Les indicateurs d'impact mesurent le changement comportemental : nombre de pas moyen, réduction du temps assis déclaré, fréquence des pauses actives. Les indicateurs de résultat mesurent les effets organisationnels : évolution du taux d'absentéisme, résultats des enquêtes de satisfaction, retours du bilan de santé annuel.
La présentation de ces données au comité social et économique est recommandée dans le cadre du PAPRIPACT. Elle donne de la visibilité à la démarche et ancre le sujet dans le pilotage RH, au même titre que les autres risques professionnels documentés.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la sédentarité au travail ?
La sédentarité désigne tout état d'éveil passé en position assise ou allongée avec une dépense énergétique proche de zéro. Pour un employé de bureau, cela représente environ 75 % du temps de travail. Elle se distingue du manque d'activité sportive : on peut pratiquer une activité physique et sportive trois fois par semaine et rester sédentaire le reste du temps. C'est le cumul des heures assises sans mouvement qui crée le risque sur la durée.
Quels sont les risques de la sédentarité pour les salariés ?
La sédentarité prolongée est associée à plusieurs pathologies documentées : maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, troubles musculo-squelettiques (dos, épaules, poignets, nuque) et altérations de la santé mentale. Les troubles musculo-squelettiques représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues en France en 2024 (Assurance Maladie), ce qui en fait la première cause de maladie professionnelle en France.
La sédentarité peut-elle figurer dans le DUERP ?
Oui. Elle peut y figurer comme risque évalué : la loi du 2 août 2021 a renforcé l'évaluation des risques professionnels sans nommer la sédentarité, qui peut être évaluée et documentée dans le document unique d'évaluation des risques professionnels. Pour les entreprises d'au moins 50 salariés, un programme annuel de prévention (PAPRIPACT) doit être associé au document unique et présenté au comité social et économique.
Comment réduire la sédentarité au bureau sans grande organisation ?
La règle des 30 minutes est le point de départ le plus simple : se lever toutes les demi-heures, même brièvement. Une étude publiée en 2017 dans Annals of Internal Medicine, qui a suivi 7 985 adultes équipés d'un capteur d'activité, associe les périodes assises de moins de 30 minutes au risque de mortalité le plus faible. Les réunions en marchant, les pauses déjeuner actives et les sorties collectives entre collègues sont trois formats éprouvés qui ne nécessitent ni budget ni matériel pour démarrer.
Quel est le coût de la sédentarité pour une entreprise ?
Selon une estimation Goodwill Management / MEDEF / CNOSF (2015), le coût total de la sédentarité (perte de productivité, absentéisme, présentéisme) est estimé à environ 3 000 euros par salarié et par an. Les salariés sédentaires enregistrent en moyenne 5 à 7 jours d'absence supplémentaires par an et une productivité réduite de 14 % par rapport aux salariés actifs.
Des ressources près de chez vous
La sédentarité au travail est un enjeu qui dépasse les frontières de Paris. Les entreprises tertiaires de toutes les métropoles françaises sont concernées. Retrouvez les ressources adaptées à votre contexte local :
Pour aller plus loin
Santé publique France, Baromètre 2024 de la sédentarité (décembre 2025)
Assurance Maladie, Risques professionnels, chiffres 2024
Diaz et coll., Annals of Internal Medicine, 2017, périodes assises et mortalité
Goodwill Management / MEDEF / CNOSF, étude sur le coût de la sédentarité (2015)
Journal of Clinical Medicine, étude sur l'agilité mentale et sédentarité (2023)
Oppezzo M. et Schwartz D., Stanford University, "Give your ideas some legs" (2014)