Article informatif rédigé à partir des textes officiels en vigueur à la date de publication. Il ne se substitue pas à un conseil juridique. Pour toute application à un cas particulier, consultez un conseil juridique ou votre service juridique interne.
Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels, plus connu sous l'acronyme DUERP, recense les risques auxquels les salariés sont exposés dans l'exercice de leur activité. Depuis la loi du 2 août 2021 sur la prévention en santé au travail, son périmètre couvre explicitement les troubles musculo-squelettiques et les risques psychosociaux, deux familles dans lesquelles s'inscrit la sédentarité.
Caractériser la sédentarité dans un document conçu à l'origine pour des risques mesurables (chutes, manutention, exposition chimique) demande une méthode spécifique. Cet article propose un parcours en cinq étapes, applicables à toute entreprise tertiaire qui souhaite formaliser ce risque.
Pourquoi la sédentarité est un cas particulier
Trois caractéristiques rendent la sédentarité moins évidente à caractériser dans un DUERP que la plupart des autres risques.
Elle est chronique et différée. Ce n'est pas un événement ponctuel comme une chute ou une coupure. Les effets s'expriment sur plusieurs années, ce qui complique la traçabilité de l'exposition.
Elle est multifactorielle. Posture, métabolisme, cognition, psychosocial : la sédentarité touche plusieurs dimensions de la santé en même temps. Aucune case unique du DUERP ne lui correspond exactement.
Elle est difficile à mesurer en interne sans outillage. Le temps moyen passé assis ne se relève pas automatiquement, et les enquêtes déclaratives sont sujettes à biais. La quantification reste approximative.
Ces trois caractéristiques sont des constats, pas des reproches. Elles expliquent simplement pourquoi la sédentarité est restée longtemps absente des DUERP, et pourquoi elle vaut un protocole de caractérisation propre.
Recenser les unités de travail concernées
Le DUERP est organisé par unité de travail, notion définie par l'article R. 4121-1 du Code du travail. Une unité de travail regroupe les salariés exposés à des risques équivalents, indépendamment du service ou de la fonction. Pour la sédentarité, les unités habituellement concernées sont les postes administratifs, les postes en open space tertiaire, les postes en centre d'appel, et tout collaborateur en télétravail régulier.
L'objectif de cette première étape est de définir précisément qui est concerné. Une entreprise mixte (tertiaire + production) ne couvre pas la sédentarité de la même façon dans toutes ses unités. La granularité dépend de la structure réelle de l'organisation.
Article R. 4121-1 du Code du travail : « L'employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs à laquelle il procède en application de l'article L. 4121-3. Cette évaluation comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement. »
Source : legifrance.gouv.fr
Évaluer l'exposition
L'évaluation de l'exposition à la sédentarité ne nécessite pas d'outillage sophistiqué pour démarrer. Quatre indicateurs simples permettent de poser un premier diagnostic.
- Temps moyen passé assis par jour, en déclaratif ou par observation directe sur un échantillon
- Fréquence des pauses actives, mesurée par enquête ou par auto-déclaration
- Présence d'aménagements favorisant le mouvement : mobilier réglable, espaces de marche, salles dédiées
- Données issues d'enquêtes internes, par exemple un baromètre QVT ou un retour de la médecine du travail
À titre de repère national, Santé Publique France indique que 75 % du temps de travail d'un employé de bureau est passé assis. Ce chiffre est à utiliser comme point de comparaison, pas comme valeur absolue à transposer telle quelle dans votre document : la situation réelle de chaque entreprise se mesure sur place.
Un baromètre interne très simple suffit pour démarrer : trois questions posées une fois par an à l'ensemble des collaborateurs, avec des réponses anonymisées. Combien d'heures passez-vous assis dans une journée de travail type ? Combien de fois vous levez-vous spontanément par jour ? Disposez-vous d'un espace propice à la marche pendant la pause déjeuner ? Le résultat agrégé alimente directement votre évaluation d'exposition.
Qualifier le risque, gravité multipliée par probabilité
La méthode classique d'évaluation des risques croise la gravité estimée et la probabilité d'occurrence. Le scoring exact est laissé à l'appréciation de chaque entreprise. Le texte ne fixe pas de barème national.
Pour la sédentarité dans une unité de travail tertiaire, la gravité estimée se situe en général dans une plage moyenne à élevée. Les troubles musculo-squelettiques constituent en effet la première cause d'arrêt de travail en France, selon le rapport sinistres AT/MP de l'Assurance Maladie. La probabilité d'occurrence est élevée pour les postes de bureau, où l'exposition prolongée à la position assise est structurelle.
L'important est de poser le scoring de manière transparente, avec la grille utilisée et les critères retenus. Une grille bien documentée vaut mieux qu'un scoring brut sans justification, quel que soit le résultat numérique.
Article L. 4121-3 du Code du travail : « L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l'aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail. »
Source : legifrance.gouv.fr
Formaliser le risque dans le document
La formalisation est l'étape qui rend le risque opposable et exploitable. Trois éléments sont à intégrer dans la fiche de l'unité de travail concernée.
Désigner explicitement le risque. La formulation recommandée est directe : « exposition prolongée à la position assise et au manque d'activité physique sur le poste de travail ». Cette formulation suffit à inscrire le risque dans le document, à charge de la qualifier ensuite.
Lister les facteurs aggravants. Postes statiques sans rotation, télétravail prolongé sans cadre, multiplication des réunions en visio sans pause, absence d'espaces de mouvement dans les locaux. Ces facteurs sont à inscrire pour pouvoir les traiter dans le programme d'action.
Référencer les sources internes utilisées. Baromètre QVT, registre de la médecine du travail, retours du CSE, données d'absentéisme par unité de travail. La traçabilité des sources est ce qui rend l'évaluation auditable.
Unité de travail : Postes administratifs, services support et fonctions transverses
Risque identifié : Exposition prolongée à la position assise et au manque d'activité physique sur le poste de travail
Facteurs aggravants : Réunions en visioconférence consécutives, télétravail régulier, absence d'espaces dédiés à la marche dans les locaux
Sources : Baromètre QVT 2025 (échantillon 200 répondants), retour annuel médecine du travail, enquête CSE de janvier 2026
Planifier la mise à jour
Le DUERP n'est pas un document figé. L'article R. 4121-1-1 du Code du travail prévoit trois fréquences de mise à jour, qui s'appliquent toutes à la rubrique sédentarité comme aux autres risques.
Article R. 4121-1-1 du Code du travail : la mise à jour du document unique est réalisée :
1. Au moins chaque année, dans les entreprises d'au moins onze salariés.
2. Lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail.
3. Lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque dans une unité de travail est recueillie.
Source : legifrance.gouv.fr
En pratique, pour la sédentarité, les deuxième et troisième situations sont fréquentes : passage à un nouveau format de réunion, déménagement dans des locaux différents, lancement d'une politique de télétravail, retour d'un baromètre interne avec des résultats nouveaux. Chacun de ces événements appelle une mise à jour ciblée de la fiche concernée, sans attendre la révision annuelle.
Pour aller plus loin
Cette méthodologie pose le diagnostic. Une fois le risque caractérisé dans le DUERP, il appelle un plan d'action structuré, documenté dans le PAPRIPACT pour les entreprises de cinquante salariés et plus. Le passage du DUERP au PAPRIPACT fait l'objet d'un article dédié, avec un catalogue d'actions et un exemple de fiche action type.
Une fois le plan déployé, la question des indicateurs de suivi se pose. Trois familles d'indicateurs permettent de mesurer l'engagement, l'impact et le résultat des actions de prévention.
Pour le contexte général, l'article tête de cluster DUERP 2026, la sédentarité comme risque professionnel pose le cadre légal complet et l'esprit de la réforme.
Article informatif rédigé à partir des textes officiels en vigueur à la date de publication. Il ne se substitue pas à un conseil juridique. Pour toute application à un cas particulier, consultez un conseil juridique ou votre service juridique interne.
Pour aller plus loin
Articles L. 4121-1, L. 4121-2, L. 4121-3 et R. 4121-1, R. 4121-1-1 du Code du travail, legifrance.gouv.fr
Loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail
Décret n° 2022-395 du 18 mars 2022 relatif au document unique d'évaluation des risques professionnels
Santé Publique France, données sur l'activité physique et la sédentarité au travail
Assurance Maladie, rapport sinistres AT/MP 2023, troubles musculo-squelettiques
Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), troubles musculo-squelettiques en milieu professionnel