Ce que la saison retire à une journée de bureau

En juin, une bonne partie du mouvement d’une journée se fait sans y penser. On sort acheter son déjeuner, on descend un arrêt plus tôt, on prolonge une conversation dehors, on rentre à vélo. Rien de tout cela n’est décidé le matin : c’est la lumière et la douceur qui le rendent évident.

En novembre, ces mêmes gestes demandent une décision. Il fait sombre à dix-sept heures, il pleut, la cour est froide, et la journée se referme autour du bureau. Personne n’a changé d’avis sur l’intérêt de sortir : c’est l’occasion qui a disparu. Le temps assis, lui, ne bouge pas, et il occupe désormais la quasi-totalité des heures de clarté.

La différence tient au contexte. Un contexte se corrige, et c’est justement ce sur quoi un employeur a prise. Les initiatives déjà en place dans l’entreprise n’ont rien perdu de leur intérêt : elles se heurtent simplement, quatre mois par an, à une fenêtre de lumière qui se referme.

Le moral des équipes en hiver se joue aussi en dehors du bureau

Les soirées d’hiver se passent à l’intérieur, et le plus souvent devant un écran. D’après l’ONAPS, l’observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, qui s’appuie sur les données de Santé publique France, 80 % des adultes passent au moins trois heures par jour devant un écran en dehors de leur travail. En hiver, ce temps-là ne rencontre plus beaucoup de concurrence : ni le jardin, ni la terrasse, ni la promenade après le dîner.

Le cumul est documenté à l’échelle de la population. Toujours selon l’ONAPS, d’après l’Anses, un adulte sur trois cumule un manque d’activité physique et des comportements sédentaires trop importants, une proportion qui atteint 40 % chez les femmes contre 24 % chez les hommes. Une journée de bureau entièrement assise suivie d’une soirée entièrement assise additionne les deux.

80 %
des adultes passent au moins trois heures par jour devant un écran hors travail
ONAPS, d'après Santé publique France
1 sur 3
adultes cumulent un manque d’activité physique et des comportements sédentaires trop importants
ONAPS, d’après l’Anses

Ce que la saison produit dans une équipe n’apparaît dans aucun tableau de bord. Cela se voit à des signes discrets : des midis expédiés devant l’écran, une salle de pause plus silencieuse, des réunions de fin d’après-midi qui rendent moins. Le lien entre immobilité et disponibilité mentale, lui, est mesuré : une étude publiée dans le Journal of Clinical Medicine en 2023 relève une agilité mentale inférieure de 15 % chez les personnes sédentaires par rapport aux personnes actives.

Il ne s’agit pas d’attribuer à la saison ce qui appartient à bien d’autres causes. Une baisse d’énergie collective en novembre a rarement une explication unique, et personne ne prétendra qu’une sortie de vingt minutes règle la charge de fin d’année. Le point est plus modeste, et vérifiable : parmi tout ce qui pèse sur une équipe en hiver, la disparition du mouvement ordinaire est le facteur sur lequel une organisation peut agir le plus vite, et à peu près sans rien dépenser.

Le milieu de journée devient le seul créneau de lumière

Entre novembre et février, un salarié qui arrive vers neuf heures et repart vers dix-huit heures n’a pas d’autre occasion de voir le jour que sa pause de midi. C’est le seul créneau qui reste. C’est aussi, et ce n’est pas un hasard, celui qu’on sacrifie en premier quand la charge monte, au moment précis de l’année où les budgets, les clôtures et les entretiens annuels s’accumulent.

Sortir vingt minutes au milieu de la journée n’est pas du temps retiré au travail. L’étude conduite à Stanford par Marily Oppezzo et Daniel Schwartz en 2014 a mesuré une hausse de 60 % de la pensée créative en marchant par rapport à la position assise. Une question difficile emportée dehors revient souvent plus claire que si elle était restée devant l’écran.

Le repère de fond reste celui de l’Organisation mondiale de la santé : 150 à 300 minutes d’activité physique modérée par semaine, soit au moins trente minutes cinq jours sur sept. En hiver, pour la plupart des gens, ces trente minutes n’iront pas se loger dans une salle de remise en forme en sortant du bureau à la nuit tombée. Elles se logent dans la journée de travail, par morceaux, si la journée le permet.

Installer l’habitude maintenant, pas en janvier

Il y a une raison de s’occuper du sujet fin septembre plutôt qu’en plein mois de novembre. Une habitude collective s’installe pendant qu’elle est facile, et elle se maintient ensuite pendant qu’elle devient difficile. L’inverse ne fonctionne pas : proposer une première sortie un mardi de novembre, sous la pluie, à des gens qui n’en ont jamais fait, revient à demander un effort au pire moment de l’année.

Les semaines qui viennent sont donc la fenêtre utile. Il fait encore jour à dix-huit heures, la température reste clémente, et l’élan de la rentrée n’est pas retombé. Une sortie posée maintenant a le temps de devenir un repère avant que la météo ne la mette à l’épreuve, et c’est précisément ce statut de repère qui la fera survivre au changement d’heure.

Une précision utile pour les mois froids : le rendez-vous compte davantage que la performance. Une boucle de vingt minutes faite à trois, toujours à la même heure, résiste bien mieux qu’un format ambitieux lancé avec enthousiasme et abandonné aux premières gelées. La saison demande surtout de faire simple et à date fixe.

Trois gestes qui tiennent tout l’hiver

Aucun des trois ne demande de budget, de nouveau dispositif ni de consigne supplémentaire. Ils portent tous sur la même chose : rendre le milieu de journée praticable quand la météo ne le rend plus évident.

01
Rendre le créneau de midi visible dans les agendas

Une pause de midi qui n’existe nulle part se fait absorber par la première réunion venue. La poser comme un créneau affiché, pour une équipe entière et non pour une personne, suffit souvent à la préserver. Ce qui est visible dans un agenda partagé se respecte, et personne n’a à se justifier de ne pas être disponible.

02
Donner une heure et un point de départ, pas une invitation

Une sortie collective tient quand elle est prévisible : le même jour, la même heure, le même point de rendez-vous, et quelqu’un qui part même s’il est seul ce jour-là. En hiver plus encore qu’en été, la régularité compte davantage que l’élan du lancement. Un rendez-vous annoncé une fois pour toutes demande moins d’énergie qu’une relance chaque semaine.

03
Retirer les obstacles matériels avant de proposer quoi que ce soit

Il suffit d’un endroit où faire sécher un manteau, de quelques parapluies à l’accueil et d’un itinéraire de vingt minutes connu de tous et praticable sous la pluie. Ce sont ces détails, et non la motivation, qui décident de la sortie de novembre. Ils se règlent une fois, et ils servent jusqu’au printemps.

Rendre le milieu de journée visible, prévisible et praticable remet en place ce que la saison avait déplacé. Une case dans le calendrier, une heure, un point de rendez-vous et un endroit où poser un manteau mouillé y suffisent. C’est facile d’aller mieux.

Ouvrez votre agenda et posez vingt minutes au milieu de la journée, cette semaine, aux heures où il fait encore clair. Un bloc visible dans l’agenda résiste bien mieux qu’une bonne résolution le jour où il pleut. Invitez une ou deux personnes à la même heure, et partez même si personne ne suit. C’est facile d’aller mieux. À essayer cette semaine

Questions fréquentes

Comment garder ses équipes actives quand il fait nuit à l’arrivée et au départ ?

En déplaçant le mouvement vers le milieu de la journée, seul moment où la lumière reste disponible entre novembre et février. Une pause de midi visible dans les agendas, un point de rendez-vous fixe et un itinéraire court connu de tous suffisent à maintenir une sortie régulière, sans rien créer de nouveau.

Le moral des équipes en hiver relève-t-il vraiment de l’employeur ?

Ce qui relève de l’employeur, c’est le contexte : les horaires, les agendas, les lieux, ce que l’organisation rend facile ou compliqué. La raréfaction des occasions de mouvement en hiver est un fait d’organisation autant qu’un fait de saison, et c’est à ce titre qu’une direction des ressources humaines peut agir dessus.

Faut-il un budget pour agir sur la baisse d’énergie de l’hiver ?

Les leviers qui tiennent en hiver sont des leviers d’organisation : un créneau visible dans les agendas, une heure et un point de départ fixes, un endroit où poser un manteau mouillé. L’essentiel consiste à retirer les obstacles matériels qui font renoncer un jour de pluie, plutôt qu’à ajouter un dispositif.

À lire aussi

Sédentarité en entreprise : le guide complet, la page de référence du blog sur le sujet.

Pause déjeuner active : marcher pour la cohésion, l’article de fond consacré au créneau de midi.

Canicule au bureau : chaleur et immobilité, le pendant estival de cet article.

Fatigue au bureau : l’immobilité et le sommeil, sur le lien entre temps assis et récupération.

Sources

ONAPS, chiffres clés de l'activité physique et de la sédentarité, d'après Santé publique France (80 % des adultes devant un écran plus de trois heures par jour hors travail) et d'après l'Anses (un adulte sur trois cumulant manque d'activité physique et sédentarité, 40 % des femmes et 24 % des hommes).

Journal of Clinical Medicine, 2023 : agilité mentale inférieure de 15 % chez les personnes sédentaires par rapport aux personnes actives.

Marily Oppezzo et Daniel L. Schwartz, université Stanford, 2014 : hausse de 60 % de la pensée créative en marchant par rapport à la position assise.

Organisation mondiale de la santé, lignes directrices 2020 : 150 à 300 minutes d'activité physique modérée par semaine.