L'Organisation mondiale de la santé publie régulièrement un classement des principaux facteurs de risque de mortalité évitable dans le monde. L'hypertension artérielle arrive en tête, suivie du tabac et de l'hyperglycémie. L'inactivité physique occupe la quatrième position, c'est-à-dire un niveau d'activité inférieur aux seuils recommandés de santé publique. Elle ne se confond pas avec la sédentarité, qui désigne le temps passé assis, mais les deux se cumulent dans une journée de bureau.
Ce classement est connu des professionnels de santé depuis des années. Il fait aujourd'hui son chemin dans d'autres sphères, notamment dans les conversations entrepreneuriales. Le médecin et animateur Michel Cymès l'évoquait récemment sur le podcast Génération Do It Yourself pour rappeler que l'inactivité physique est l'une des premières causes de mortalité évitable. C'est précisément parce qu'elle est évitable qu'elle mérite qu'on s'y arrête, et qu'on comprenne ce que cette position dans un classement mondial implique concrètement au niveau de l'entreprise.
L'inactivité physique, un facteur de risque de l'OMS sur lequel l'entreprise peut agir directement
Les trois premiers facteurs du classement de l'OMS, à savoir l'hypertension, le tabac et l'hyperglycémie, ont un point commun : ils nécessitent une prise en charge médicale longue, souvent pharmacologique. Réduire sa tension artérielle ou sortir d'une dépendance au tabac demande du temps, un suivi, parfois des années. Ces risques ne se corrigent pas par un changement d'environnement seul.
L'inactivité physique, elle, est différente. Elle répond directement à un changement d'environnement, sans nécessiter de dispositif médical. Et dans la vie d'un adulte actif en France, l'environnement le plus structurant, celui qui organise la plus grande part de ses journées, est l'environnement de travail.
C'est là que les données deviennent intéressantes pour les décideurs RH et les dirigeants.
Sédentarité et mortalité : ce que l'OMS, The Lancet et l'INSERM documentent
Les chiffres associés à la sédentarité sont cohérents d'une source à l'autre, et portent sur des risques mesurables, pas sur des suppositions.
Ces données portent sur des trajectoires longues. L'OMS (2022) documente le risque cardiovasculaire. The Lancet (2022) évalue le risque de décès prématuré. L'INSERM (2023) mesure l'impact sur la santé mentale. L'ANACT (2022) quantifie les jours d'arrêt supplémentaires. Ces quatre sources abordent la question sous des angles différents et convergent vers la même conclusion.
Elles ont toutes un point de départ commun : l'accumulation de journées trop immobiles, répétée pendant des années. Et cette accumulation commence, pour une grande partie des actifs, devant un bureau.
75 % du temps de travail assis : pourquoi le bureau est au cœur du problème de sédentarité
On pourrait penser que la sédentarité relève du domaine privé, des habitudes personnelles que l'employeur n'a ni à surveiller ni à modifier. Les données contredisent cette intuition.
Ces 6 heures ne résultent pas d'un manque de motivation individuelle. Elles résultent d'un environnement conçu pour rester assis : des salles de réunion avec des chaises, des postes de travail fixes, des agendas sans espace pour se déplacer. À cela s'ajoutent les trajets, souvent assis, les repas, souvent assis, et les soirées. La journée de bureau structure une posture par défaut qui se prolonge bien au-delà des heures de travail.
Ce point a une conséquence importante : l'activité physique pratiquée en dehors du travail, qu'il s'agisse de la course du week-end ou de la salle de remise en forme en soirée, ne suffit pas à effacer les effets d'une position assise prolongée pendant la journée. Les études de physiologie de l'exercice le documentent depuis plusieurs années : les marqueurs biologiques associés à la sédentarité persistent même chez les personnes actives si elles accumulent de longues heures d'immobilisme dans la journée.
Les troubles musculo-squelettiques (TMS) résultent de plusieurs facteurs accumulés sur des années, parmi lesquels la position assise prolongée. Comprendre leur origine change la nature de ce qu'une entreprise peut faire.
150 minutes par semaine : les effets mesurés du mouvement sur la productivité et la cognition
Les données sur les effets du mouvement sont aussi précises que celles sur les effets de l'immobilisme.
Il n'est nécessaire ni de se changer, ni de s'équiper, ni de bloquer une heure complète. Un déplacement à pied, un appel téléphonique pris debout, une pause déjeuner qui sort du bureau : accumulés, ces gestes rapprochent du seuil sans modifier l'agenda ni créer de contrainte logistique.
Une étude de l'université Stanford (Oppezzo et Schwartz, 2014) a mesuré une augmentation de 60 % de la pensée créative chez les participants testés en marchant, par rapport à ceux testés en position assise. L'effet persiste plusieurs minutes après l'arrêt du mouvement. Quelques minutes de marche avant une séance de réflexion collective peuvent donc favoriser la créativité qui suit. Ce résultat a été mesuré en laboratoire.
Ce que l'entreprise peut concrètement faire pour réduire la sédentarité au bureau
La distinction entre comportement personnel et environnement de travail est centrale pour comprendre où se situe la marge d'action d'un employeur.
La sédentarité au bureau résulte d'un environnement qui ne favorise pas le mouvement, bien plus que d'une volonté individuelle défaillante. Des réunions qui s'enchaînent, des espaces conçus pour rester assis, une organisation du temps qui laisse peu de place aux déplacements : c'est cet environnement qui produit l'immobilisme.
C'est précisément ce que les entreprises peuvent modifier. Elles le font en créant des conditions dans lesquelles le mouvement devient naturel et accessible : une équipe qui se retrouve à heure fixe pour une activité courte pendant la pause, des réunions courtes organisées debout, un appel de suivi proposé en marchant.
Un environnement de travail qui n'intègre pas le mouvement ne produira pas des équipes actives, quelle que soit la bonne volonté de chacun.
Santé publique France recommande au moins trente minutes d'activité physique par jour, qui peuvent se répartir en plusieurs séquences. L'enjeu, pour l'entreprise, consiste à concevoir un environnement qui les rende possibles.
L'inactivité physique figure parmi les facteurs de risque de mortalité de l'OMS sur lesquels l'environnement de travail peut agir directement. C'est une responsabilité, mais c'est aussi, concrètement, une des décisions les plus accessibles qu'une organisation puisse prendre pour ses équipes.
Pour aller plus loin
OMS, Activité physique, facteurs de risque et mortalité, 2022
The Lancet, Physical inactivity and mortality risk, 2022
INSERM, Sédentarité et risques de dépression et d'anxiété, 2023
ANACT, Absentéisme et inactivité physique, 2022
Santé publique France, enquête sur l'activité physique des adultes actifs en France
INRS, Troubles musculo-squelettiques, données épidémiologiques
Assurance Maladie, Risques professionnels, chiffres 2024 : les TMS, première cause de maladie professionnelle
Goodwill Management / MEDEF / Comité national olympique et sportif français, Impact de l'activité physique en entreprise, 2015
Oppezzo M., Schwartz D.L., Give your ideas some legs: the positive effect of walking on creative thinking, Stanford University, 2014
Les chiffres cités dans cet article sont fidèlement reproduits à partir de sources institutionnelles et scientifiques. Les seuils réglementaires sont susceptibles d'évoluer.