Le retour au bureau se joue moins sur la règle que sur le contenu de la journée. Quand on vient passer huit heures en visioconférence à côté de collègues qui font la même chose, la question « pourquoi je suis venu ? » se pose d’elle-même. Que la règle prévoie deux jours, trois, ou aucun, elle fixe un cadre : elle ne crée pas l’envie.

Le sujet touche à la santé autant qu’à l’organisation. À la maison, on s’assoit davantage : en Allemagne, le DKV-Report 2023 mesure 691 minutes assises par jour en télétravail contre 546 sans, soit près de deux heures et demie d’écart. Le bureau ne fait pas mieux par lui-même : on y reste assis tout autant. Ce qui change, c’est la présence des autres : au bureau, on peut se lever à plusieurs.

1

Regrouper les jours de présence d’une même équipe

Aligner, pas ajouter

Un bureau à moitié vide ne donne envie à personne. Quand chacun choisit ses jours de son côté, l’équipe n’est jamais au complet, et la journée sur place ressemble à une journée à la maison, avec le trajet en plus. Le premier levier consiste à aligner les jours qui existent plutôt qu’à en ajouter un : un jour commun par équipe, connu de tous, où l’on sait qu’on se verra.

Ce qui marche

Laisser chaque équipe choisir son jour commun plutôt que le fixer d’en haut.

2

Réserver au bureau ce qui ne se fait pas bien à distance

Le test de la visioconférence

La visioconférence depuis un espace ouvert est ce qui vide le plus sûrement une journée de présence de son sens. Sur le jour commun, on place ce qui a besoin d’être dans la même pièce : un arbitrage difficile, un atelier, l’accueil d’une personne qui arrive, un point d’équipe en vrai. Le reste, les tâches de concentration et les échanges qui tiennent à distance, garde sa place les jours de télétravail. Les gens viennent pour ce qu’ils ne peuvent pas faire ailleurs.

Le test

Si l’ordre du jour tient en visioconférence sans rien perdre, il n’a pas besoin du bureau.

3

Poser un rendez-vous de mouvement sur le jour commun

Ce qui rend la journée différente de la maison

C’est le levier que les organisations oublient, et celui qui rend la journée sur place réellement différente. Il peut s’agir d’une marche après le déjeuner, d’un point d’équipe qui commence par un tour du bâtiment ou d’un trajet à pied vers un déjeuner pris à l’extérieur. Ce rendez-vous fait deux choses : il coupe les heures assises, et il crée un moment où l’on se parle sans ordre du jour. Il nourrit aussi le travail lui-même : la pensée créative augmente d’environ 60 % en marchant plutôt qu’assis, d’après une étude de l’université Stanford (Oppezzo et Schwartz, 2014).

Ce qui marche

Prévoir une heure fixe, un point de départ connu et la même formule chaque semaine. On rejoint plus facilement ce qui est prévisible.

4

Choisir un format ouvert à tout le monde, sans niveau

Ni classement, ni tenue à prévoir

Un rendez-vous qui ressemble à une séance d’activité physique et sportive ne rassemble que celles et ceux qui en pratiquent déjà. Or un adulte sur trois cumule un manque d’activité physique et des comportements sédentaires trop importants, selon l’ONAPS d’après l’Anses. Le format qui fait venir tout le monde n’a ni classement, ni niveau requis, ni tenue à prévoir : on marche, on parle, on revient. Quelqu’un part le premier et donne le signal, personne n’a rien à prouver.

Le rôle du relais

Il suffit de se lever à l’heure dite et de dire « on y va ».

5

Juger le retour au bureau sur ce que les gens en disent, pas sur le taux d’occupation

Le bon indicateur n’est pas le badge

Le taux d’occupation des bureaux dit combien de personnes sont venues. Il ne dit pas si elles ont eu envie de venir. Le signal qui compte est ailleurs : des jours de présence qui se calent d’eux-mêmes sur le rendez-vous, des personnes d’autres équipes qui demandent à se joindre à la marche, la question « on le refait quand ? » posée sans qu’on la sollicite. Ce sont ces signaux qui disent qu’une journée au bureau est devenue une journée choisie.

Le vrai indicateur

Ce qui se dit dans le couloir le lendemain.

Ce que cela ne demande pas
Quatre objections qui tombent
1
Pas de nouvelle règle de présence : on travaille avec les jours qui existent déjà.
2
Pas de budget ni d’aménagement des locaux : un trottoir et une heure convenue suffisent.
3
Pas d’animateur : une personne qui se lève la première fait l’affaire. Un outil dédié devient utile plus tard, pour que le rendez-vous se propose et se rejoigne sans charger personne.
4
Aucune pratique sportive exigée : marcher et sortir ensemble compte déjà.

Questions fréquentes

Comment donner envie aux équipes de venir au bureau ?

En réservant aux jours de présence ce qui ne se fait qu’ensemble, sur place : l’équipe au complet le même jour, les sujets qui ont besoin de la même pièce, et un rendez-vous collectif, une marche par exemple, qui rend la journée différente de la maison.

Le retour au bureau réduit-il la sédentarité ?

Il ne la réduit pas par lui-même : une chaise de bureau immobilise autant qu’une chaise de cuisine. En télétravail, on s’assoit toutefois davantage, près de deux heures et demie de plus par jour selon le DKV-Report 2023 mené en Allemagne. Ce qui change au bureau, c’est la possibilité de se lever à plusieurs, à condition de créer l’occasion.

Faut-il organiser un événement pour que les gens viennent ?

Non. Un rendez-vous modeste et régulier, chaque semaine à la même heure, fait plus qu’un grand événement une fois par trimestre.

À essayer cette semaine

Le prochain jour de présence, sortez de la salle une réunion prévue à deux ou trois : faites-la en marchant, un tour du bâtiment ou du quartier, sans support ni écran. Vingt minutes suffisent, et le compte rendu tient en trois lignes au retour. C’est facile d’aller mieux.

Sources

DKV-Report 2023, Deutsche Krankenversicherung et Université allemande du sport de Cologne : 691 minutes assises par jour en télétravail contre 546 sans (Allemagne).

Oppezzo M., Schwartz D.L. (2014), Give your ideas some legs, Stanford University : pensée créative +60 % en marchant.

ONAPS, chiffres clés de l’activité physique et de la sédentarité, d’après l’Anses : un adulte sur trois cumule un manque d’activité physique et des comportements sédentaires trop importants.