Septembre, le meilleur moment pour relancer le mouvement
La rentrée a un vrai pouvoir sur la motivation. La reprise du rythme, les nouveaux horaires, l’envie de repartir sur de bonnes bases : ce moment de l’année rend les résolutions plus faciles à prendre qu’à n’importe quel autre. Pour une équipe RH ou un comité social et économique qui veut relancer une dynamique de mouvement, c’est une occasion à saisir.
Le vrai sujet arrive ensuite. Cette énergie de rentrée redescend souvent aussi vite qu’elle est montée. Ce n’est pas un manque de volonté chez les salariés : c’est que l’énergie du démarrage et la constance dans la durée ne reposent pas sur les mêmes ressorts. La première se déclenche d’elle-même. La seconde se prépare.
Ce qui fait vraiment tenir une habitude
La question n’est pas de savoir si les salariés ont envie de bouger davantage en septembre. La plupart le veulent, sincèrement, au moment où ils le disent. La question qui compte est différente : qu’est-ce qui transforme cette envie en geste qui se répète tout seul, semaine après semaine ?
Une étude de référence de University College London, menée par la chercheuse Phillippa Lally, a suivi des volontaires qui cherchaient à intégrer un nouveau comportement dans leur quotidien. Le temps nécessaire pour que ce comportement devienne automatique variait selon les personnes, de dix-huit à plus de deux cent cinquante jours, avec une moyenne autour de deux mois. Un seul facteur rapprochait toutes les réussites : la régularité, pas l’intensité du démarrage.
Pour une action de rentrée, c’est une donnée précieuse. Elle dit que la partie ne se joue pas le 1er septembre, mais dans les semaines qui suivent. Et à la différence de la motivation du premier jour, ces semaines-là, on peut les préparer.
Pourquoi l’élan de rentrée s’essouffle, et comment le prolonger
Trois mécanismes expliquent pourquoi l’énergie de septembre retombe. Chacun a sa parade.
La nouveauté s’épuise, un rituel non. L’enthousiasme du démarrage repose largement sur l’effet de nouveauté : nouvelle rentrée, nouvelle résolution, nouveau défi annoncé. Cet effet dure peu de temps, mais il n’est pas le seul appui possible. Ce qui prend le relais une fois la nouveauté passée, c’est un rituel installé, un rendez-vous que l’on ne remet plus en question chaque semaine.
L’agenda de rentrée se remplit vite : autant s’y adosser plutôt que lutter contre lui. Les réunions et les projets reprennent en même temps que les bonnes intentions, et un nouveau créneau à trouver perd presque toujours face à ce qui occupe déjà l’agenda. La solution la plus simple consiste à ne pas chercher de temps supplémentaire, mais à greffer le mouvement sur un temps qui existe déjà.
Une résolution partagée tient mieux qu’une résolution solitaire. Portée par une seule personne, une résolution dépend de sa seule mémoire pour se maintenir semaine après semaine. Partagée par une équipe, rappelée par quelqu’un d’autre que soi, elle se maintient plus longtemps. C’est une bonne raison d’en faire un projet collectif plutôt qu’une série de bonnes intentions individuelles.
Un enjeu qui justifie l’investissement
L’énergie de rentrée mérite d’être prise au sérieux, parce que le problème qu’elle cherche à traiter ne prend jamais de pause. Un employé de bureau passe en moyenne 75 % de son temps de travail assis, selon Santé Publique France. Un adulte sur trois cumule un manque d’activité physique et des comportements sédentaires trop importants, d’après l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité, qui s’appuie sur les données de l’Anses.
L’enjeu dépasse aussi l’individu. Une étude Goodwill Management, menée avec le MEDEF et le CNOSF, évalue à 14 % l’écart de productivité entre salariés sédentaires et salariés actifs, et à cinq à sept jours l’absentéisme annuel supplémentaire associé à la sédentarité. De quoi donner à l’élan de septembre une suite qui compte vraiment, plutôt que de le laisser retomber avec les premières semaines d’automne.
À quoi ressemble une rentrée qui tient
Trois choix simples suffisent à changer la trajectoire d’une action de rentrée, sans en faire un projet lourd ni coûteux.
Un ancrage plutôt qu’un objectif. Une résolution formulée comme un objectif à atteindre, « faire plus de sport », demande un effort de volonté renouvelé chaque jour. Formulée comme un ancrage dans une routine existante, par exemple « les dix premières minutes de telle réunion hebdomadaire se font debout ou en marchant », elle ne demande plus cet effort : le rendez-vous existe déjà, le mouvement vient s’y poser.
Un relais prévu pour la baisse de régime, pas seulement pour le lancement. Anticiper le moment où la nouveauté s’estompe, en prévoyant à l’avance un rappel ou une personne relais pour cette période précise, permet de traverser la baisse d’énergie au lieu de la subir.
Une palette large de façons de bouger. Une rentrée sportive centrée sur une seule pratique, la course par exemple, laisse de côté une partie des salariés qui ne s’y reconnaissent pas. Marche, jeux collectifs, étirements, activités avec ou sans équipement : plus les portes d’entrée sont nombreuses, plus de monde trouve la sienne.
Ce que cela donne, concrètement
Prenons une rentrée qui applique ces trois principes. Une communication interne annonce, début septembre, un mouvement collectif ancré sur un rendez-vous déjà existant, ouvert à toutes les formes d’activité, avec un relais prévu pour début octobre. Les deux premières semaines, la nouveauté de la rentrée porte l’ensemble, comme toujours. Mais à la troisième semaine, à la différence du scénario le plus courant, rien ne s’arrête : le rendez-vous reste dans l’agenda, le relais prend justement le relais, et la diversité des formats permet à chacun de continuer à sa manière.
C’est là toute la différence entre une résolution qui s’éteint et une résolution qui devient une habitude. Elle ne tient pas à plus de discipline individuelle. Elle tient à une conception qui a pensé, dès le départ, à ce qui se passe après l’enthousiasme du premier jour.
Choisissez un rendez-vous déjà présent dans l’agenda de l’équipe, une réunion hebdomadaire par exemple, et décidez dès maintenant qui prendra le relais début octobre si l’élan retombe. Le mouvement s’installe plus facilement quand la suite est prévue avant même que la motivation du départ ne s’estompe.
Questions fréquentes
Parce que l’élan de rentrée repose sur l’effet de nouveauté, qui s’épuise en quelques semaines, alors que l’agenda de septembre se remplit au même rythme. Une résolution qui ne s’appuie que sur la motivation individuelle perd cet arbitrage face aux urgences du quotidien.
Une étude de référence de University College London, menée par Phillippa Lally, montre que ce délai varie fortement selon les personnes, de dix-huit à plus de deux cent cinquante jours, avec une moyenne autour de deux mois. Le facteur commun aux réussites est la régularité, pas l’intensité du démarrage.
Trois choix aident : ancrer le mouvement sur un rendez-vous existant plutôt que fixer un objectif isolé, prévoir un relais pour le moment où la motivation naturelle retombe, et proposer plusieurs formes d’activité pour que chacun trouve la sienne.
Pour aller plus loin
Lally P. et al. (2010), How are habits formed: Modelling habit formation in the real world, European Journal of Social Psychology, University College London.
Santé Publique France, temps de travail passé assis (environ 75 %).
ONAPS (Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité), d’après les données de l’Anses.
Goodwill Management, MEDEF, CNOSF, étude sur les coûts de la sédentarité en entreprise, 2020.